Par la fiction on exorcise, nous nous maintenons à l'abri. Pourtant le goût du drame ressemble à celui du danger, certains artistes nous projettent encore un peu plus loin dans ces histoires. Par exemple, depuis Jean-Claude Romand nous voyions nos voisins comme des pervers narcissiques en puissance ; Emmanuel Carrère aura pointé le Romand sous notre toit, en chacun de nous. On frissonne autant d'aise que de terreur et au bord de la panique, on compulse les manuels, on se demande comment consolider nos fondations pour tenir un peu longtemps et ne pas s'effondrer avant notre tour. Il faut tout rebâtir, reprendre à zéro.
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Pour lisser quelques redondances, le film bénéficierait d'être amputé d'une dizaine de minutes. Le charme opère cependant et démontre le pouvoir absolu qu'un cinéaste peut conquérir sur le spectateur en misant sur l'humour d'une part, et sur la plus simple économie de moyens...
Dans la dernière séquence, le petit Kenji passe le concours d'entrée à une école de musique. Au lieu de tirer la corde d'un sentimentalisme appuyé, Kiyoshi Kurosawa s'efface derrière la musique de Debussy, derrière les mouvements ondoyants d'une tenture à la fenêtre, et nous offre une scène rédemptrice étrangement réaliste. L'enfant a fini de jouer. Il se lève, contourne le piano et s'incline devant le jury en un salut un peu gauche. Il se retourne pour signer un registre au fond de la salle. Ses parents le rejoignent. Le père doucement pose une main sur l'épaule de son fils, qui enfin ne ploie pas ni ne se dérobe. Les trois s'en vont sous le regard d'une assistance médusée, une foule qui se tord le cou à suivre des yeux cette famille fantomatique, dont le rejeton les aura tous confondus par un talent monstrueux.
1 commentaire:
Kiyoshi Kurosawa est certainement le réalisateur contemporain que je préfère. Content de voir qu'il y a d'autres fans ;-)
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