lundi 20 octobre 2008

Poitevin mulassier

Dix mois après la livraison d'un objet défectueux, je relance la boutique. Je n'ai pas payé. Tout de même ! Ni le vendeur, ni le comptable ne s'en sont aperçus. Cela ne traduit pas une application remarquable dans le suivi de leurs dossiers. Une autre question de fond me taraude : pourquoi n'ai-je pas, pour ma part, laissé les choses aller jusqu'à leur terme ? J'aurais pu attendre. Honnête ? ou stupide ? Ou encore : vexé de ne pas exister davantage aux yeux des minuscules ?

Il a plu jeudi. Les caves sont inondées. J'ai accepté de faire partie du conseil syndical. Qu'est-ce qui m'a pris ? 

Le Clézio reçoit le Nobel. L'information a de quoi surprendre. Je dois pourtant le reconnaître, il aura marqué l'histoire de la littérature : depuis Le Clézio, les écrivains sont beaux.

L'administration fiscale m'a adressé la semaine dernière une charmante mise en demeure. Ils n'ont pas reçu ma déclaration de revenus. Evidemment, je l'ai envoyée ! Evidemment, je ne peux pas le prouver ! Il faut que cela tombe sur moi. Ma maniaquerie s'en offusque. 



Qu'est-ce qu'un boulot ? Qu'est-ce que cela représente ? Jusqu'où s'y investir, à quel point tolérer qu'il ne participe en rien à votre épanouissement ? Je passe une succession de nuits blanches à me ronger les sangs. Je rêve aussi que par deux fois je casse mes lacets un matin. Dans certaines circonstances, le minimum devrait suffire, non ? Re-la-ti-vi-ser : tu parles. Au mieux, comme le dit la chanson, "le monde moderne m'emmerde, j'ai pas l'esprit d'initiative".

Tombereaux de soucis et d'aigreur... Je me trouve des parentés avec le cheval de trait. L'autre jour, je me suis offert une veste afin de me dessiner une jolie robe pied-de-poule. Je me suis promené lentement dans le quartier. Paris n'est jamais aussi belle que sous le soleil d'hiver. 

Pour me composer cette attitude virile, je n'ai pas pris exemple sur le Renaud chanté par Paul Agnew. Dans cette mise en scène très BCBG d'Armide, dont les représentations se sont achevées samedi et dans laquelle flamboyait le tempérament d'une Stéphanie d'Oustrac tout ardeur et braise, ce prétendu héros m'aura semblé bien falot. 

Non : le Poitevin mulassier. Je ne me connais pas d'autre modèle. Le plus doux, le plus appliqué... Alors ? Ça en impose autrement, non ? 

5 commentaires:

flo a dit…

bah, si ça peut te consoler, j'ai moi aussi un côté mulassière. Mais j'ai aussi un côté ânesse bâtée. Je cherche en moi le côté apaloosa, tellement plus poétique, mais aussi le plus obstinément manquant.

bah. Un âne, c'est mignon. Le poitevin mulassier est plus majestueux que la fin de son appellation ne l'avoue. Si ça se trouve il y en a chez Zingaro, faut voir.

emmanuel a dit…

Nouvelle théière?
Elle a l'air mignonne.
Tu fais les présentations?

Patrick a dit…

C'est vrai qu'un peu peigné, il est assez classieux, ce cheval...

La théière est bien une petite nouvelle, apportée de Shanghaï. Une duanni quelconque. J'avais le nom du potier sur un papier, manuscrit, illisible. Aucune importance ; je ne l'ai plus.
Trapue, large d'épaule, une petite tête sur une silhouette tout en largeur, une anse musculeuse, elle me fait désespérément penser à... un cheval de trait. Je n'en ai pas encore fait tout le tour, mais je la devine parfaite comme équarrisseuse de shu !

ginkgo a dit…

Très belle prose toute empreinte de nostalgie, avec souffle , oscillant entre résignation devant la "fatalité " et la banalité d'un travail routinier ou peu épanouissant et la révolte , sorte de jaillissement devant la beauté d'une ballade à Paris ou la contemplation d'une théière joliment ouvragée . ( soupir). je crois que dans le fond on vit tous ce dilemme, ce tiraillement entre les aspirations profondes , celles qui nous nourrissent et nous soulèvent et le besoin de gagner sa croûte et d'encaisser des aspects du réel vraiment ...triviaux ( impôts, paperasse, etc.): si quelqu'un a une solution ??
pour ma part j'oscille entre le côté animal martien ou bernard l'hermitte....dans le contexte du travail

Patrick a dit…

Merci Ginkgo ! Ça fait plaisir de se sentir compris - et moins seul...
Et c'est bien mignon, les bernard-l'hermite !