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samedi 13 mars 2010

La Poire est hackée : un ver dans le fruit


Je passais déjà du temps à supprimer les commentaires-pirates, de ceux qui comportent des liens à la pelle rivalisant d'inutilité. Que ne feraient-ils pas pour gagner quelques places dans les algorithmes de Google ?

À présent, c'est directement à la page html de la Poire qu'on s'en prend. Tiens, une immense barre de défilement horizontale dans mon navigateur. Tiens tiens, la page s'étend loin sur la droite... Oh ! et ce lien perdu dans la blancheur des limbes ! Qui l'y mit ? Pas moi.

Des idées pour s'en débarrasser ? Toute aide sera la bienvenue !
:-/

Edit : Merci Olivier et Flo, tout est rentré dans l'ordre !

lundi 22 septembre 2008

La tasse


Cette tasse provient de la boutique du musée des fours à porcelaine impériale des Song du Sud à Hangzhou. Pas moins. Je l'ai vue, j'ai craqué pour ses craquelures, tout de suite aguiché par ses formes douces et cette glaçure artistement nervurée. Malgré son poids (140 grammes), je l'imaginai aussitôt à mes lèvres, pourvoyeuse des 4 ou 5 centilitres de thé qu'elle saurait contenir. Se fût-elle présentée en deux exemplaires que je les aurais achetés tout pareillement ; elle avait bien une sœurette, jumelle hélas dizygote, que le teint jaunâtre posait d'emblée en cadette souffreteuse.

C'était donc elle. Elle en a vu, du pays !

Hier, me remettant du décalage horaire, j'essaie avec bonheur mon nouveau plateau. Je l'étrenne avec un fond de Tie Guanyin qui traîne sur une étagère. Pas inintéressant, un traitement vieux jeu en fait quelque chose de bien plus structuré que ce que j'ai bu ces dernières semaines. Et me vient l'idée de déballer la tasse. Je la fais monter progressivement en température, pour observer les réactions de sa surface ; si lourde en main, elle présente des abords si fragiles... Un filet pour commencer, sous le robinet, et petit à petit, en douceur, je l'amène à l'ébouillantage. Elle ne hurle pas, tout va bien. Zou ! une rasade de l'infusion en cours. Les belles couleurs que voilà ! quelle profondeur, quels dégradés ! C'est toute ma nature contemplative qui frémit. J'y passerais des heures. Mais il faut boire ces promesses : ma main s'avance, le geste est précis, confiant, le mouvement souple. Le nez fait son timide, n'est-ce pas gentil ? Et voilà : en bouche, totalement fluide, la liqueur a perdu non seulement ses arômes, mais une bonne part de sa structure - froid, plat comme le delta du Yangzi.

Bigre. Ai-je le coeur bien net, dans cette affaire ? J'ai tenté ce soir un comparatif sur un cuit "facile", la Fu Hai 2000 de Teamasters. Eh ! bien oui, quoi : doux mais nourrissant, simple, assez mignon tout de même. Et puis flûte, le thé importe peu, c'est d'une impression comparée de la liqueur en bouche qu'il s'agit là. Pêle-mêle sur la photo : à gauche une tasse achetée à la M3T dès mes premiers pas et à laquelle je reviens sans cesse, au fond une petite coupe en céladon de TM et la traîtresse, la perverse au premier plan. Dans la première tasse, la liqueur est vive, précise. C'est aussi dans celle-ci qu'elle reste chaude le plus longtemps. Dans la seconde, elle gagne en douceur, un velouté que j'aime assez. Le contact sur la lèvre est beaucoup plus sensuel, aussi : ma préférée. Et dans la troisième... dans la troisième, encore une fois, il ne reste pas grand-chose. Autant dire rien.

Dans ses rainures profondes s'abîment les qualités de ce qu'on y verse. Elle broie, elle mâche ; j'ai la sensation bizarre que cette tasse boit à ma place. Au regard de ce thé, je blêmis d'imaginer par quel massacre elle abattrait les références les plus précieuses à mes yeux. Pauvre de moi ! je la trouve encore bien belle, la coquine. Qu'elle parle : comment justifier une telle froideur, un tel manque de générosité ? Silence. Allez, je m'y résous : elle ne m'aime simplement pas. 

mercredi 2 juillet 2008

"Valse avec Bachir" - Ari Folman

Les commentaires assassins envers un film ou un spectacle qui m'a enthousiasmé m'irritent outrageusement. Ce n'est pas un refus de la contradiction, c'est de la frustration. J'ai vu "No Country for old men" à côté d'un S. trépignant, excédé, qui quitta la séance dans un état de nerfs proche de l'hystérie. J'ai dû batailler pour préserver le petit nuage sur lequel le film m'avait projeté. (Dans certaines circonstances, le mot "projection" tombe à propos.) La frustration naît de ne pas pouvoir toujours partager mes plaisirs.

La fin du film d'Ari Folman m'a surpris en larmes, avec le sentiment qu'on m'en avait dévoilé encore un peu plus sur l'humain. Malgré des beautés indéniables - un art de la couleur, une bande-son extraordinaire - le propos touche davantage que la forme ; certaines séquences ratées, mal dessinées, souffrent d'une animation assez pataude. Pourtant, cette fois, je trouve les rares arguments avancés pour éreinter ce film, parmi des concerts d'éloge, plus révélateurs que les dithyrambes. Après tout, il suffit de voir : l'émotion que j'ai ressentie est à la portée du premier venu.

Passons sur les reproches de psychologisme : on peut blâmer Soulages pour une palette trop noire, ou Proust pour l'ampleur de son lexique. Au palmarès des critiques les plus surprenantes que j'ai lues sur ce film figure en bonne place l'idée selon laquelle il ridiculiserait l'armée israélienne. Me voilà, de mon petit cumulus en rase-mottes, catapulté sur une autre planète.

A l'inverse, d'autres y voient une tentative scandaleuse de minimiser le rôle d'Israël dans le massacre de Sabra et Chatila. J'ai lu quelque part ce complément qui m'a laissé songeur : "Il se déculpabilise en accusant les autres", quand Folman cherche à regarder enfin, pour lui-même et son pays, la réalité en face. N'est-il pas plus simple d'occulter que de se savoir coupable ? On m'a d'ailleurs rapporté les dires d'une personne qui, contre tout sens élémentaire de psychologie, jugeait peu crédible le fait qu'un homme puisse, suite à un traumatisme, abolir tant de choses en esprit. Et face à l'ensemble de ces propos, devant ce refus de démordre de schémas a priori, je me demande si ma naïveté résistera longtemps et si tout discours, effectivement, relève du politique.

Il me reste la consolation qu'en grande majorité, mes contemporains savent mettre de côté leurs inclinations sionistes ou antisionistes, faire usage en tout lieu de leur intelligence et regarder ce film, simple et magnifique, pour ce qu'il est.

mercredi 2 avril 2008

"Atelier Maître Albert" - avec Guy Savoy

J'ignore totalement la part de responsabilité imputable à Guy Savoy dans ce restaurant. D'ailleurs, le concept de restaurant "avec" un chef me laisse songeur. Quel restaurant n'en a pas ? Et s'il a participé à l'élaboration de la carte mais ne remplit pas toutes les exigences de la fonction, dans quelle proportion s'en acquitte-t-il ? Où s'arrête la "marque", où commence la "pâte" ? Ces questions ne me couperont pas l'appétit mais je ne peux m'empêcher de me les poser.
J'y ai dîné samedi soir avec S. et l'une de ses amies.

Aplatie devant son imposante cheminée de pierre, la salle principale paraît proprette, les murs alternant le noir et le blanc sous un éclairage étudié au micron. L'accueil et l'ambiance refusent le guindé : nous sommes entre nous, entre gens sympathiques et de bonne compagnie, n'est-ce pas ? Mais les gens sympathiques parlent, rient, deviennent parfois bruyants. Bah ! Endurons : si l'on préfère le calme, on reste chez soi.

Première faute : vive le design. En guise de table pour trois, on nous propose une table pour deux personnes continuée d'une rallonge savamment dépliée par le côté. Sauf que le pied se trouve alors décentré. Nous interrogeons le serveur et apprenons, médusés, que le côté le plus éloigné du pied ne peut accueillir personne : le plateau basculerait. Sa belle pierre grise et brute ne doit pas aider à stabiliser le tout. Donc l'un de nous trois (l'une en l'occurrence, qui préférait conserver la vue sur la salle) passera la soirée à califourchon sur la table. Fort bien.

Deuxième faute : ici, on est resté "nature". Nous nous trouvons placés sur le côté de la cheminée, coincés entre l'âtre et le bar. L'un de nous (cette fois S., je m'en sors bien) a une vue oblique sur l'accès à celui-ci. Il contemplera pendant son repas un encombrement de cartons et sacs en plastique de toutes sortes jetés au sol derrière le comptoir. Belle finition cosy à la déco d'ensemble.

Troisième faute : au diable l'avarice. Une cuillère encore maculée des restes de la veille m'est présentée pour déguster le dessert. Un petit échantillon offert par la maison, pour mieux naviguer parmi les mystères de la carte, je suppose.

Parlons bouffe. En entrée du jour, un consommé de crustacés agrémenté de quelques morceaux de saumon en tartare. Rien à dire. En passant commande, j'avais lorgné la rôtisserie depuis l'autre bout de la salle et avais opté pour un jarret de veau sans chichis. Viande raisonnablement fondante, pas mauvaise, pas extraordinaire non plus, juste bonne et parfaitement cuite. Le petit accompagnement d'épinards et de champignons me laissera le meilleur souvenir : un vrai délice. Je n'ai pas réussi à me concentrer sur le dessert.

Las, sonne l'heure de l'ultime et impardonnable faute, improuvable mais éprouvante : à peine ai-je terminé le plat que mon ventre se révolte. Nous sortons du théâtre où nous avons vu la pièce de Yasmina Reza. Je manque rejouer le rôle de Valérie Bonneton dégobillant sur la table du salon. Dieu (du carnage) merci, l'estomac tient bon, à défaut de... glissons sur les détails. Mais tard dans la soirée, un goût suspect de crustacés m'emplit encore la bouche.

Je conseillerais ce restaurant aux amateurs de faux luxe branché. L'endroit doit figurer en bonne place dans tous les guides touristiques. Il convient à merveille aux nouveaux rastaquouères désireux de s'en fourrer avec un minimum de classe et à moindres frais sans défroisser les vêtements du voyage. D'ailleurs, au cours de mes 3 aller-retour vers les toilettes, je n'ai pas beaucoup entendu parler français, beaucoup anglais en revanche (avec accent américain et british), un peu russe. 

Entrées de 10 à 18€, plats de 17 à 27€. La carte est accessible ici. Tout de même un peu cher la nausée. Je n'ai pourtant pas payé l'addition. N'empêche : à moins d'un miracle, je n'y retournerai JAMAIS.

dimanche 17 février 2008

Madame Homais

La pharmacienne est l'épouse du pharmacien. Je trouvais cette certitude bien rassurante. J'aimais une langue belle et commode qui savait rendre à chacun sa dignité. Les noms de métiers féminisés m'ont longtemps pincé le coeur. Non comme d'une blessure de virilité, mais parce que j'y entendais autant d'insultes adressées aux femmes. Le premier désireux de reconnaître leur place dans la vie sociale, je ne comprenais pas qu'on s'acharne à les rabaisser, paradoxalement par cette féminisation même des intitulés de fonction, au rang de figurantes. Je les préférais libres et actives, évidemment bonnes pour autre chose que jouer les épouses de maris laborieux.

Dans ce débat désormais d'arrière-garde, tout n'était pas aussi simple que je voulais le croire. Déjà, certaines fonctions s'accordaient parfaitement du féminin, et des plus respectables, comme celles d'infirmière, d'institutrice, voire de doctoresse. D'autres noms désignant des tâches prétendument subalternes, une cuisinière, une ouvrière, ni féminines, ni typiquement masculines, m'allaient encore. Mieux, les plus hautes fonctions étatiques se féminisaient, une reine s'avérant parfois davantage que l'épouse d'un roi. Si dans Laclos la Tourvel était Présidente, j'aurais reconnu sans hésitation, même si je ne le souhaitais pas particulièrement, que Mme Royal le fût devenue, avec un sens, en quelque sorte, opposé.

Dans l'émission l'Avventura du 23 janvier dernier, Laure Adler recueillait les propos de Hou Hsiao Hsen : "Si je n'ai pas pu faire carrière dans le milieu du banditisme, c'est parce qu'étant enfant j'avais vraiment beaucoup lu. Des romans, de la littérature classique chinoise, des romans de cape et d'épée, et aussi beaucoup de théâtre. En Chine, le théâtre et les romans ont une influence énorme sur les gens à cause de ce qu'ils véhiculent de la tradition. On y trouve bon nombre de principes moraux, des principes qui tournent autour des notions d'intégrité, piété filiale, droiture et loyauté. Vous finissez inconsciemment par être habité par ces principes et il vous est alors impossible de vous écarter du droit chemin. Je m'en suis rendu compte en faisant mes films."


Au-delà du sens, je conçois que la lecture, de Flaubert autant que de la Comtesse de Ségur, construise avec le milieu un système moral. Plus insidieusement, elle nous imprègne de certaines tournures de langue, donc d'esprit. Le français qu'on pratique porte peut-être, sous-jacentes, ses propres valeurs. Je ne veux pas le culbuter coûte que coûte, mais comprendre comment s'élabore un préjugé. Aujourd'hui encore, un pincement me saisit quand j'entend parler de "la ministre Unetelle" ou quand je lis "une auteure". Je ne me soucie plus beaucoup du sort des femmes, bien assez dégourdies pour s'octroyer les dénominations qu'elles souhaitent et les faire accepter - y compris de moi, au bout du compte ! Je ne me torture pas non plus par purisme exagéré, mais parce que ces mots font résonner chez moi des préjugés, à la teinte XIXème façon vieux rose, délavés, assez grotesques, que j'identifie dorénavant comme tels. Je souffre un peu, ça passera. Je désapprends.

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D'ailleurs, puriste, je ne le suis pas. Je pardonne toujours les écarts de langage, qui en sont des travestissements passagers, non des perversions. Pourquoi m'offusquer de la forme si je comprends le fond ? Je pardonne d'autant plus volontiers ces écarts quand la langue n'est pas la mienne. Ainsi des syllabes 朱泥, 锻泥 ou 紫砂, désignant ces terres dont sont faits, comme le disait astucieusement Flo, nos trucs. Ces mots recouvrent une réalité, concrète dans sa matière, floue quant à ses origines ou son authenticité. La précision de la chose désignée découle du contexte dans lequel on les prononce. De la part de Stéphane, je comprends ce dont il s'agit, en texture et en rendu d'infusion davantage qu'en termes de composition chimique, de filon et de traçabilité. Est-ce grave, puisqu'en bon pratiquant de sa 朱泥, j'expérimente la matière de ce qu'il nomme ? Je lui serais presque reconnaissant de l'hommage dont il flatte mon intelligence, en ne me supposant évidemment pas dupe d'une rareté illusoire.

Pour le reste, ces syllabes, je préférerais volontiers qu'elles ne m'évoquent pas beaucoup plus que du chinois. Car quand je croirai leur faire signifier un sens véritable, je ne pourrai plus envisager de m'y tromper.

dimanche 20 janvier 2008

Fi du scorbut

J'ai toujours cru que la vitamine C se décomposait à très basse température. En conséquence, je ricanais lorsque je lisais qu'il fallait éviter de consommer tel ou tel thé après 16h en raison de sa teneur en vitamines, dont la C. Certes, je continue à ricaner, car on sait que la vitamine C a tendance à réguler le sommeil, non à l'empêcher. Mais je pensais surtout qu'en raison de la température d'infusion, il ne devait pas rester grand chose de cette vitamine dans la tasse.

Pourtant, j'ai fini par douter. En particulier cet hiver quand je me suis enrhumé. La notice du Fervex (mélange de paracétamol, de vitamine C et d'un antihistaminique) conseille de prendre ce médicament le soir dans de l'eau chaude : bizarre.

La page en français de Wikipédia est succincte sur ce sujet : 
"Très fragile en solution, elle est détruite au contact de l'air, par la lumière ou la chaleur."
La page en anglais est au contraire très optimiste :
"Normally, boiling water at 100°C is not enough to cause any significant destruction of the nutrient, which only decomposes at 190°C, despite popular opinion."
Tout est dans l'énigmatique "normally"... Et cette phrase concerne la cuisson d'aliments, non l'infusion.

Que croire ? Et quelle est la teneur réelle en vitamine C d'une tasse de thé (non d'une feuille) ? Bon, cette question ne m'empêche pas de dormir, et pour cause. Toutefois, si vous avez des tuyaux, je suis preneur.